La Citadelle de Cluj, au-dessus des nuages ou dans l’oubli ?

La Citadelle de Cluj, au-dessus des nuages ou dans l’oubli ?

Une marche. Encore une. Puis une autre… On sait qu’on sera recompensé, une fois arrivé au-dessus la colline. Altitude : 405 mètres. De là, on voit le Cluj urbain en miniature, il se met silencieux sous nos pieds, l’agitation citadine s’estompe et devient un murmure éloigné. A la Citadelle, on est un petit roi.
Pendant la soirée, les lumières de la ville clignotent dans nos regards. Le panorama de Cluj est impressionnant vu d’ici, des murs de l’ancienne fortification habsbourgeoise. On comprend des yeux toute la ville, mais elle se trouve ici, sous notre nez, non au lointain. On s’est élevé au-dessus, sans l’avoir quittée.

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Photographe : Mihail Onacă
Peut-être la Citadelle est le premier endroit où on pense mener les amis qui visitent Cluj. Et pourtant, pour ceux qui ne connaissent pas son histoire et son passé, la Citadelle semble une simple colline au centre-ville, un endroit récréatif, aménagé jadis uniquement dans ce but. Et c’est alors qu’on se rend compte que l’histoire perd ses traces, les histoires du passé s’estompent de plus en plus, soit à cause de l’indifférence et de l’abandon, soit à cause du progrès alerte de la société actuelle.
On veut arrêter un peu le temps. Cette colline, située au centre-ville, est un symbole. L’ancienne fortification, édifiée entre 1715-1735, d’après les plans de l’architecte militaire Giovanni M. Visconti, s’est confondu, au fil des années, avec la colline où elle a été construite.
Avec chaque marche montée, on peut écarter le brouillard de l’oubli et voir, avec les yeux de l’esprit l’ancienne garnison, le dépôt d’armement, la redoute, la tour et les bastions qui entouraient la Citadelle avec des murs sous forme d’étoile. On voit même les soldats de la garnison impériale, surveillant le seul pont couvert, au-dessus du Someş, construit pendant cette période (l’année 1735). Le Pont des Allemands, comme il était appelé, était un accomplissement technique étonnant pour ces temps, étant destiné au trafic piéton, aux habitants d’autrefois…
C’est plutôt un jeu de l’esprit et de l’imagination nostalgique, car de l’ancienne citadelle en reste peu : les portes d’accès de sud-est et nord, une partie des murs, quelques bâtiments et la redoute, transformée pendant ce temps dans la Tour des Parachutistes.

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Photographe : Paul Lucian Szasz
On monte encore deux marches et on regarde de nouveau la ville. L’air semble plus pur, comme si nous commencions à respirer vraiment. Paradoxalement, on se sent plus libre. Elevée afin d’assurer un poste de défense, ainsi qu’un point de contrôle des troupes autrichiennes de la ville, la Citadelle des Nuages – comme elle a été également appelée, était souvent employée comme prison, surtout pendant la Révolution de 1848. En 1849, l’un des héros de la Révolution, le pasteur saxon Stephan Ludwig Roth, a été emprisonné et exécuté ici.
Cette pensée peut nous donner le frisson et, en regardant autour de nous, peut-être on observe les portes vieilles, laissées à l’abandon, des plaquettes nous prévenant qu’il est périlleux de passer par là, des espaces verts sauvages et pleins de misères – ceci reconstitue involontairement le passé plus sombre de la Citadelle.
Profondément affectée par les glissements de terrain de la zone, la Citadelle refuse toutefois de s’écrouler dans l’abandon et l’oubli. On sent pourtant sa solitude et sa désolation.
Un autre passé, de l’entre-deux-guerres, a laissé sa marque aussi. Sur la pente de la colline on trouvait les plus pauvres zones de la ville. Des taudis misérables, des bordels, un véritable bidonville – c’est l’image de la Citadelle dans la première partie du 20ème siècle. Le communisme a apporté les aménagements qui ont fait de la Colline de la Citadelle l’un des plus aimés et connus espaces de récréation de Cluj.
L’édification de l’hôtel Belvedere, dans les années ’70, a apporté une note de modernité, mais, à la fois, à la démolition des bâtiments du côté sud de la citadelle.
Un œil aux marches, l’autre à la dérobée vers la ville et l’esprit dans l’histoire, on est arrivé à l’immense Croix en fer, élevée en 1995, au lieu de celle détruite par les communistes. La première croix a été construite dans la mémoire de ceux emprisonnés ici. Dans la mémoire des « Héros du Peuple… ».
Fini ! Maintenant, on peut jouir du paysage. On n’est pas, mais on se sent au-dessus des nuages, car Cluj s’étend paresseusement à nos pieds. On se trouve dans le point le plus stratégique de la ville. On la défend et la domine. Nostalgique, on voudrait que la Colline de la Citadelle ne s’écroule jamais… Les anciens murs, les portes de la fortification, ce qui reste des bâtiments – sont des symboles de Cluj. Sont la Citadelle !
La Citadelle des Nuages mérite d’être restaurée, soignée. D’ici, on sent que la ville nous appartient. Ici, on s’enfuit de Cluj, seulement pour le découvrir plus beau et plus aimé !…

Iulia Marc
Rédactrice Cluj.com

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Photographe : Paul Lucian Szasz